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Une inquiétante augmentation de la violence contre les femmes à cause de la guerre au Yémen

2018-07-08

Ashraf Rifi

 

Entre son droit de rester avec son mari et les pressions que sa famille lui fait subir pour qu’elle le quitte, NS a été victime d’une situation sociale qui ne respecte pas le droit de la femme à prendre ses propres décisions et à décider de son sort.

NS est une jeune fille d’une vingtaine d’années mariée à son collègue d’université depuis quatre ans. Avec le déclenchement de la guerre, la famille de la jeune fille s’est ralliée aux Houthis alors que son mari s’est dressé contre eux. A cause de sa position, l’époux a dû quitter la capitale et a été considéré par la famille comme un traître de la patrie et il a été appelé à laisser la jeune femme.

Essayant de prendre son épouse avec lui, le jeune homme a été heurté à un refus catégorique de la famille qui a violenté et battu la jeune femme l’accusant de prendre une position socialement honteuse à leur encontre. Suite aux violences dont elle a été victime, la jeune fille a fini par céder aux requêtes de sa famille et s’est séparée de son mari qui a tout fait pour éviter cela en envoyant des intermédiaires pour mettre fin à la crise. Des tentatives vaines qui ont fini par amener les deux époux à accepter la séparation.

L’époux a affirmé que la décision qu’il a prise était difficile et qu’il l’a fait pour épargner à son ex épouse les violences infligées par sa famille ; la jeune fille a en effet été battue et humiliée à plusieurs reprises et a même songé, à un certain moment, de faire recours à la justice avant de se rappeler qu’une autre femme a été assassinée par

son frère dans un tribunal où elle s’était rendue pour pouvoir se marier alors que sa famille refusait le mariage en question.

Ce drame est survenu lorsque la Cour a convoqué le frère pour qu’il apporte son témoignage et, lorsqu’il a été confronté à la version de sa sœur, il a sorti son poignard et a tué sa propre sœur devant le juge et tous les présents. Le frère n’a en effet pas accepté le fait que sa sœur ait recours à la justice puisqu’il s’agit là d’un acte qui s’oppose aux traditions et qui représente un crime d’honneur.

Quelques hommes de loi ont expliqué que cette affaire est liée à deux questions fondamentales : la première liée au regard négatif de la société envers la femme et la seconde porte sur les textes législatifs qui ne permettent pas à la femme de choisir de son propre chef sans la présence de son tuteur. Des activistes et des défenseurs des droits humains ont critiqué le patrimoine législatif yéménite qui ignore plusieurs droits de la femme dont, surtout, le droit à l’égalité.

Des agressions physiques :

On ne peut pas débattre de la situation de la femme au Yémen sans évoquer la situation des mères des kidnappés qui ont organisé plusieurs manifestations pour réclamer la libération de leurs enfants et de leurs proches ; des protestations qui ont été dispersés par une grande violence de la part des groupes Houthis armés. Même la manifestation pacifique des femmes soutenant l’ancien président Ali Abdallah Saleh, où les intéressées ont réclamé que le cadavre du défunt soit enterré dignement, a été oppressée avec une grande violence.

Ces pratiques sont, en réalité, une représentation claire de la culture sociale qui violente la femme dans un pays qui vit sous le poids de grandes perturbations et une guerre qui n’a fait qu’empirer la situation de la femme qui est devenue l’unique soutien financier de

sa famille après que les tuteurs aient été tués au cours de la guerre ou encore à cause des blocages des salaires. Une situation financière et familiale déplorable qui vient s’ajouter à la violence subie par la femme yéménite.

Des informations vérifiées affirment que la femme subit de grandes violations à cause de la guerre où des milliers de femmes ont été renvoyées de chez elles et ont été obligées de s’installer dans des camps de réfugiés où elles sont sexuellement violentées. L’ancienne présidente de la Commission nationale de la femme, docteur Chafika Wahch, a déclaré que l’étude menée par la Commission et portant sur les harcèlements, a dévoilé que les femmes subissent plusieurs violations dans les camps de réfugiés par leurs proches.

Selon des activistes dans le secours et le travail humanitaire, la hausse des violences à l’égard des femmes depuis le déclenchement de la guerre a atteint les 70% sans compter le taux du mariage des mineurs et la privation de filles de l’éducation et des soins médicaux.

La discrimination, principale cause des violences :

La consultante en études basée sur le genre, Wamidh Shaker, a expliqué la violence à l’égard des femmes et la VBG, dans une interview accordée au réseau des journalistes syndicalistes arabes, à la discrimination en tant que pratique et en tant que lois au niveau de tous les corps officiels ou officieux. Shaker considère que l’expression de la discrimination provient toujours de la part d’individus ou de groupes par des violences contre la classe discriminée sur une base du genre, de la classe sociale, de la race, de la classe, de la religion ou d’autres critères. La violence est plus prononcée lorsque la victime se trouve dans une situation économique, sociale, politique ou culturelle fragile.

Wamidh Shaker considère que la violence basée sur le genre (VBG) représente une violence des droits humains surtout lorsqu’on prend en considération le fait que la principale cause est la discrimination. L’intéressée a aussi évoqué le patriarcat qui fait tout pour se maintenir en force en piétinant les femmes, les filles, les jeunes garçons et, parfois, les hommes victimes de viol. Wamidh Shaker explique : « Au cours des guerres, il est fréquent que les vagues de violences connaissent d’importantes hausses puisque l’on essaie de convaincre les hommes que plus ils sont violents plus ils sont virils et, de cette manière, ils sont plus efficaces sur les champs de batailles. De ce fait, le discours public général se base presque uniquement sur la virilité et l’apologie des combattants et des martyrs. Un discours qui fait naître des images fantasmées de la virilité qui influencent directement les pratiques individuelles et collectives et rendent l’atmosphère favorable pour ceux qui veulent prouver leur virilité en ayant recours à la violence ».

La violence physique :

La consultante a expliqué que la hausse de la violence au cours de la guerre porte sur les viols, les agressions ou les harcèlements (y inclus l’inceste selon la concernée), revient, aussi, au fait que le sexe est synonyme, pour plusieurs sociétés, de virilité sans compter le fait que les guerres créent une instabilité où la sécurité est quasi absente ainsi que l’Etat, ses institutions et le pouvoir de la loi, ce qui empire la fragilité de certaines classes.

Selon l’intéressée, la VBG à cause du conflit n’a pas encore été prouvée au Yémen contrairement à ce qui s’est passé en Allemagne ou au Rwanda après les deux guerres mondiales ou encore au Bosnie-Herzégovine ou dans les autres pays du sud de l’Amérique, de l’Asie ou de l’Afrique qui ont connu des conflits où les femmes étaient violées collectivement. Toutefois, il existe des pratiques dans

la région arabe, au Yémen ou en Syrie, à l’instar du mariage des petites filles et des veuves des soldats, tout aussi remarquable mais il n’existe pas de purge ethnique puisque les parties prenantes au conflit appartiennent à la même race.

Le Yémen, le pire au monde :

L’arsenal législatif – représenté dans les lois et les procédures et leur pratique dans les institutions de l’Etat comme la police, la justice, le pouvoir local ou exécutif – joue un rôle essentiel dans l’absence de protection des citoyens appartenant à des classes fragiles et qui ont le plus besoin que l’Etat leur apporte les garanties nécessaires pour qu’ils soient égaux avec leurs concitoyens.

La consultante a estimé que le Yémen est le pire pays au monde en ce qui concerne l’égalité entre les sexes à cause des nombreuses lois discriminatoires dont, surtout, la loi de la famille suivie par le Code pénal, la loi civile et beaucoup d’autres mesures sans compter la défaillance des programmes économiques, sociaux et politiques qui n’accordent pas une grande importance aux femmes et ne font rien pour les renforcer et les faire bénéficier de l’éducation, du travail, de la participation civile et politique et en leur proposant des services pour réduire leur souffrance.

La culture discriminatoire existe dans presque toutes les sociétés même celles des pays développés. Ainsi 30% des femmes britanniques sont-elles victimes de violence au moins une fois dans leur vie. Toutefois, la différence de ces pays ce que les Etats imposent leur autorité sur la société en la faisant soumettre au modèle de l’Etat qui recadre les relations sociales pour que, petit à petit, cet encadrement et ces lois deviennent toute une culture sociétale.

Renforcement du patriarcat :

La juge et présidente de la commission juridique au parlement, Iman Shaaf, a expliqué que la guerre ne concerne pas uniquement les hommes puisque les femmes en sont les premières victimes affirmant que c’est à cause de cela que les conventions et les lois internationales ont dédié des textes entier pour la protection de la femme et que le conseil sécuritaire de la protection des femmes a émis des décisions, pendant les conflits armés, obligeant les Etats à mettre en plus des protections spéciales pour les femmes surtout en ce qui concerne les agressions sexuelles au cours des conflits.

Iman Shaaf a expliqué que les femmes sont rapidement influencées par la guerre surtout lorsque leur tuteur est tué ou arrêté où elles sont obligées de prendre en charge toute la responsabilité familiale affirmant que la violence à l’égard des femmes est un ancien phénomène social qui existe même en temps de paix ; un phénomène très répandu dans les sociétés orientales où le patriarcat est enraciné. Un patriarcat qui cause une violence économique, législative, sociale, politique et culturelle.

Parmi les causes de la violence à l’égard des femmes, l’absence de toute loi sanctionnant les agresseurs selon la juge qui indique qu’il aurait fallu émettre une loi au Yémen qui criminalise cette violence et qui détermine ses genres et les sanctions des agresseurs. Et d’ajouter qu’il y a déjà eu des tentatives pour mettre en place une telle loi qui n’a jamais vu le jour à cause de ce que vit le pays.

Révision du système législatif :

La présidente de la commission juridique au parlement considère que le système législatif du Yémen a besoin d’une révision précise pour annuler la discrimination à l’égard de la femme et pour que cette dernière puisse bénéficier de droits justes et équitables. Selon la juge, l’arsenal législatif du pays doit annuler les textes qui contiennent la discrimination et qui bloquent le travail de la femme

indiquant que la Commission Nationale de la Femme a déjà travaillé sur ces questions avec des spécialistes et que certains textes ont même été approuvés par le Parlement.

Parmi les cas de violence à l’égard des femmes au cours des périodes de conflits armés selon la juge, figure le meurtre. Plusieurs femmes ont été assassinées au cours de la guerre. Les agressions physiques et sexuelles figurent aussi parmi ces cas où les femmes sont souvent victimes de viols ou de prostitution forcée.

Iman Shaaf a évoqué la propagation du phénomène des agressions armées à l’encontre des activistes et des dirigeants politiques par des forces armées où ces dernières sont souvent pourchassées juste pour avoir présenté des revendications.

Violences dans le cadre des déplacements internes :

Les déplacements internes et les départs vers des lieux d’asiles externes figurent font subir aux femmes des violences. Les femmes et les enfants qui se déplacent à l’intérieur du pays sont victimes de pauvreté, de maladies et de virus alors que d’autres femmes sont obligées de s’exiler à cause de la guerre.

La juge a indiqué que la guerre a obligé les femmes à mendier après qu’elles aient récupéré le rôle économique joué, traditionnellement, par l’homme. Des hommes morts, détenus ou encore disparus ce qui a causé une dissociation familiale. La violence à l’égard de la femme au Yémen demeure un phénomène complexe et compliqué qui a besoin de grands efforts pour être éradiqué et remplacé par les principes de l’égalité et le respect des droits humains.