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La Justice libanaise met la main sur un réseau de traite des êtres humains : 35 Philippines forcées à la prostitution

2018-09-09

Jamila Haddad

 

La Chambre d'accusation de Beyrouth a publié, le 25 avril dernier, une décision où elle a accusé cinq Libanais de traite des êtres humains après que les intéressés aient obligé 35 travailleuses philippines à pratiquer la prostitution au Liban. La Chambre d’accusation a émis un mandat contre les accusés qui ont été transférés devant la Cour pénale de Beyrouth.

La Chambre d’accusation a expliqué que les accusés avaient formé un réseau qui recrutait des Philippines pour des emplois de masseuses. Une fois au Liban, les travailleuses sont obligées de fournir des services sexuels supplémentaires aux clients et, si elles refusent de le faire, elles s’exposent à des menaces d’expulsion et à des agressions physiques.

Cette décision judiciaire survient deux ans environ après des enquêtes menées par le département des renseignements des forces de l’ordre intérieur libanaises. Le 8 août 2016, une patrouille a arrêté l’un des accusés qui était déjà recherché pour plusieurs affaires pour découvrir que l’intéressé était impliqué dans un réseau de prostitution sous couvert de centre de massage. L’accusé était copropriétaire du centre qu’il gérait avec cinq autre Libanais.

Le centre de massage en question a cinq locaux et les enquêtes ont prouvé que la prostitution y est pratiquée au niveau de deux de ses locaux où vingt femmes philippines travaillent. Seules six travailleuses possèdent de vrais papiers officiels (séjour et permis de travail) alors que les autres ne possèdent aucun document.

Par ailleurs, les passeports des intéressées ont été confisqués par les membres du réseau pour garantir que les travailleuses obéissent à leurs ordres concernant les ‘services supplémentaires’ rendus aux clients ; des services sexuels où les concernées sont appelées à se soumettre à différentes pratiques sexuelles qui varient selon les tarifs. Les employeurs reçoivent, pour ces services supplémentaires, entre 20$ et 300$, selon le type de services, alors que les travailleuses sont payées 300$ par mois.

Les enquêtes ont dévoilé qu’un livret d’informations portant sur les propriétaires du centre de massages a été découvert et que les intéressés ont été impliqués dans une affaire de prostitution en 2014 et 2015 avant qu’ils ne soient libérés sous caution. Malgré le déni par les accusés de toute l’affaire, les travailleuses ont été unanimes en affirmant qu’elles ont été obligées de pratiquer la prostitution.

Cette affaire a posé plusieurs questions quant au sérieux des enquêtes menées par les parties libanaises compétentes concernant les impliqués dans les affaires de prostitution dans le sens où la prostitution est fortement liée à la traite des êtres humains.

Le dossier des travailleuses philippines survient deux ans après la découverte du réseau ‘Chez Maurice’, l’un des plus grands réseaux de traite, qui exploitait, sous la menace, 75 réfugiées syriennes.

Par ailleurs, plusieurs défenseurs des droits humains au Liban ont posé la question quant à l’attitude de la Justice libanaise et les parties compétentes dans leur traitement de ce genre d’affaires. Malgré les données scandaleuses dévoilées dans le dossier ‘Chez Maurice’ concernant les violations contre les dames syriennes réfugiées, le principal accusé, Imed Rihaoui, qui violait celles qui se refusaient à la prostitution, a été libéré sous prétexte qu’il était ‘facilitateur de prostitution’ et non pas impliqué dans la traite. Une grande différence sépare les deux crimes cités puisque le premier

concerne une facilitation de prostitution et peut être sanctionné par un an de prison alors que le second crime est passable de 15 ans de prison.

Par ailleurs, la loi de lutte contre la traite des êtres humains n’interdit pas, contrairement à beaucoup d’autres crimes, la libération de l’accusé.

Selon la responsable de la section contre l'exploitation et la traite des femmes de l’organisation KAFA, Ghada Jabbour, la loi de la traite des êtres humains au Liban n’est pas capable de protéger les filles exploitées dans des réseaux de prostitution.

L’affaire des travailleuses philippines démontre en effet que la Chambre d'accusation de Beyrouth n’a pris en considération que le volet de la prostitution avec l’application de l’article 523 sans accorder de l’importance à la situation légale et sociale des femmes qui fait d’elles des victimes.

Rappelons que sur une totalité de 1600 détenus dans des affaires de lutte contre la traite des êtres humains en 2011 et 2014, seuls 38 individus ont été arrêtés selon les chiffres des forces de l’ordre. Des chiffres que les enquêtes concernant ces affaires ne sont pas sérieuses et que les femmes qui témoignent de leur exploitation et des violations ne sont pas prises au sérieux.