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Algérie : Le choléra s’empare des algériens et les autorités en état de panique

2018-09-02

Karim Ben Mansour

 

 

Etat de choc en Algérie après un communiqué du ministère de la Santé confirmant que 56 personnes étaient atteintes du choléra ; sur un total de 172 cas, 56 ont été confirmés alors que trois citoyens en sont décédés.

L’apparition soudaine du choléra a suscité une grande polémique sur le flou qui a entouré l’annonce de la présence de cette maladie et sa confirmation par les autorités algériennes. De son côté, la presse algérienne et les réseaux sociaux ont initié une large campagne contre les autorités pour ce qu’ils ont qualifié du chaos du traitement officiel face à la confirmation et à la propagation de l'épidémie : les autorités n’ont confirmé l’épidémie que deux semaines après son apparition alors que plusieurs autres pays, dont la France et l’Egypte, ont alerté leurs citoyens résidants en Algérie sur ce danger. De leur côté, la Tunisie et le Maroc ont mené une large campagne sur leurs frontières avec l’Algérie en insistant sur l’importance des contrôles médicaux et des précautions sanitaires de peur que l’épidémie ne se propage sur leurs terres.

La panique des autorités :

Les observateurs de la propagation du choléra ont soulevé que les autorités algériennes ont été maladroites d’autant plus que, au début de l’affaire, le ministère de la Santé avait nié l’existence de l’épidémie avant d’émettre son communiqué trois jours plus tard.

Le journal francophone Liberté a dévoilé que les autorités étaient au courant de l’épidémie tout en affirmant détenir une note de huit pages du ministère de la Santé, datée du 22 août, qui met en garde tous les gouvernorats et les institutions médicales contre la propagation de la maladie. Plus grave encore, des sites d’informations algériens ont indiqué que l’institut Pasteur et le ministère de la Santé étaient au courant de la maladie depuis le 20 août dernier.

Cette hésitation et ce flou ont valu au gouvernement et aux autorités sanitaires une grande vague de critiques de la part de la presse et des partis de l’opposition ; le journal francophone La Nation a sévèrement critiqué la ‘gestion anarchiste’ de la crise tout en affirmant que les responsables sont déconnectés de la réalité. Et d’ajouter ‘qu’aucun des ministres concernés par la situation (santé, intérieur et ressources hydrauliques) n’a pris la peine de discuter avec les citoyens’. De son côté, le journal Al Khabar a indiqué que le manque d’informations concernant la source de l’épidémie a causé une grande phobie auprès des Algériens qui boycottent les fruits, les légumes et l’eau du robinet.

Le ministre de la Santé, Mokhtar Hasbellaoui, a été l’objet de grandes critiques médiatiques ; le journal Liberté s’est d’ailleurs interrogé sur ‘la disparition de Hasbellaoui’ expliquant que le silence assourdissant du gouvernement alors que les Algériens sont pris de panique est incompréhensible et inexcusable.

En effet, la contradiction des déclarations des responsables du ministère de la Santé concernant le nombre des cas atteints, la propagation de l’épidémie et ses causes ont créé la révolte chez les Algériens.

Plusieurs secteurs sanitaires ont affirmé que l’eau du robinet est derrière l’épidémie ce qui a amené les Algériens à la boycotter alors

que la société l’Algérienne des eaux a affirmé que l’eau du robinet est potable et que sa consommation ne représente aucune menace.

De son côté, Ahmed Jomi, le directeur de la Santé du gouvernorat de Blida (l’un des gouvernorats les plus touchés par le choléra), a expliqué que la cause de l’épidémie est la connexion aléatoire au réseau d'eau et les fruits arrosés par des eaux contaminées. Toutefois, le directeur de la Prévention et de la promotion au sein du ministère de la Santé, Jamal Furar, a dévoilé que les services d’inspection ont en fait découvert l’origine du choléra dans le gouvernorat de Tipaza qui n’est autre que l’eau de la source Sidi Kabir de la municipalité d'Ahmar El Aïn tout en indiquant que les résultats des analyses, dévoilés par l’institut Pasteur, ont relevé une partie de la vérité.

Cependant, le directeur-général de l’institut Pasteur, docteur Zubair Hareth, a expliqué que les analyses bactériennes réalisées avec quelques cas de personnes atteintes de l’épidémie, ont dévoilé que le choléra s’est propagé à cause de l’absence des critères de propreté et d’hygiène au niveau de quelques produits de consommation. Docteur Zubair a éloigné l’hypothèse de la contamination de l’eau du robinet.

La confusion est devenue claire surtout avec le démenti du ministère de la Santé en ce qui concerne l’éradication du choléra en trois jours. Face à tout ce flou, le président du Conseil national de la déontologie médicale et président de l’Ordre des médecins, docteur Mohammed Bakat Borkani, a affirmé que la confusion des responsables du secteur était claire et que les concernés n’ont pas réussi à gérer la situation que cela soit au niveau de la communication avec le citoyen ou bien en ce qui concerne la confirmation des cas atteints par le choléra. Pour sa part, le professeur des sciences politiques de l’Université Ferhat Abbas 2,

Qarn Mohamed Islam, a expliqué, dans une déclaration accordée à l’agence Sputnik que le gouvernement est responsable de l’état de panique général puisqu’il n’a pas été sérieux dans sa gestion de la crise. Et d’ajouter que le gouvernement a préféré cacher la vérité en ce qui concerne l’épidémie et sa cause en confirmant, tardivement, sa propagation alors que les Algériens étaient au courant de l’affaire une semaine avant l’annonce officielle.

La théorie du complot :

Face au mystère et à l’hésitation des autorités, les Algériens ont pris part à la théorie du complet où certains considèrent que le dossier du choléra a été fabriqué de toutes pièces pour faire pression sur l’Algérie et la faire basculer dans le chaos.

Dans ce cadre, Qarn Mohamed Islam a indiqué que certains ont fait le lien, sans aucune preuve réelle, entre le traitement algérien du dossier des migrants subsahariens (surtout après les grandes critiques internationales à ce le sujet), et entre la propagation du choléra. Le professeur a assuré que le gouvernement cherche à prouver ce lien pour attendrir la communauté internationale et se retrouver dans le rôle de la victime. Et d’ajouter que les informations portant sur l’épidémie coïncident, aussi, avec le retour des mouvements syndicaux et avec les bruits qui circulent concernent l’abondant de l’eau du robinet alors que les prix de l’eau minérale ne cessent d’augmenter. Qarn Mohamed Islam a aussi évoqué les informations qui circulent concernant les sociétés de médicaments qui auraient fait le coup pour vendre leurs produits ; une théorie très peu probable selon lui.

Toutefois, la réponse du ministre de la Santé aux critiques dont il a été l’objet a suscité, encore une fois, la polémique ; Mokhtar Hasbellaoui a en effet assuré que la situation était contrôlée et que l’attitude de son ministère était, au début de l’affaire, floue parce

qu’il tentait de bien cerner le dossier avant de se prononcer officiellement dessus. Mokhtar Hasbellaoui a déclaré que son ministère a commencé son travail dès le premier jour pour mettre en place une stratégie de lutte contre l’épidémie et s’est engagé pour l’éradiquer en seulement trois jours.

Malgré les théories de complot qui semblent convaincre une bonne partie de la société algérienne et de l’élite proche du pouvoir, il est aujourd’hui devenu évident que le secteur de la santé en Algérie fait face à une grande crise.

Crise du secteur de la santé :

La propagation du choléra a posé plusieurs questions la vérité scientifique derrière l’épidémie d’autant plus que le secteur de la santé en Algérie traverse, depuis quelques années déjà, une grande crise.

Le journaliste algérien Anis Rahmani a accusé tous les secteurs de la santé du pays d’être derrière cette crise expliquant, dans un post sur son compte Twitter, que l’absence de la sensibilisation et de la propreté est derrière l’épidémie. Et d’ajouter que le fait de même parler de choléra, en 2018, est une humiliation pour toute l’Algérie. Anis Rahmani s’est questionné sur les individus qui ont osé arroser les légumes et fruits avec des eaux pourries en les qualifiant de criminels et d’escrocs.

Les pages des réseaux sociaux en Algérie ont diffusé des scènes choquantes montrant des centres de traitement des eaux où les saletés et les pourritures s’entassent et démontrent sans aucun doute l’absence des critères de la prévention et de l’hygiène.

Le chef du département d'épidémiologie à l’hôpital Mustapha Pacha, Abdelwahab Ben Konya, a accusé le ministère de la Santé de négligence tout en expliquant, dans une déclaration accordée à Al

Arabi Al Jadid, que lorsque le gouvernement et le ministère de tutelle échouent à mettre en place une politique préventive structurée, il est tout à fait normal que le choléra se propage dans le pays.

Par ailleurs, les mesures préventives décidées par le ministère de la Santé, qui a mobilité seulement 100 agents pour effectuer des analyses au niveau des centres de traitement des eaux, ont révolté les Algériens d’autant plus que le ministère des Ressources hydrauliques s’est contenté d’ordonner une augmentation du taux de chlore de 10 à 20% au niveaux des eaux potables.