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Maroc : Le gouvernement d'El Othmani et l’obligation de faire réussir le Dialogue social

2018-09-16

Suite à l’appel lancé par le roi marocain, Mohammed VI, aux autorités exécutives pour qu’elles fassent réussir le Dialogue social, le débat a repris au Maroc concernant cette affaire qui doit aboutir à une sortie de crise pouvant mettre fin aux tensions sociales grandissantes dans le pays.

Bien que les syndicats marocains aient maintenu la pression, depuis 2011, pour que leurs requêtes soient acceptées, l’appel du roi représente une réelle occasion pour mettre encore plus la pression sur le gouvernement d’El Othmani pour répondre aux demandes des centrales syndicales.

Dans ce cadre, des observateurs ont affirmé que le chef du gouvernement, Saâdeddine El Othmani, n’a plus qu’à se résoudre à davantage de souplesse et au consensus vis-à-vis des représentants des syndicats pour mettre en place la loi de la convention sociale et ce pour satisfaire le roi ce qui revient à dire que les anciennes propositions devront être abandonnées.

La balle dans le camp du gouvernement :

Instauré en 1996 suite à une annonce conjointe entre le gouvernement, les centrales syndicales et l’Union générale des constructeurs marocains, le Dialogue social a abouti à quatre conventions annoncées en 1996, 2000, 2003 et 2011.

Les observateurs des affaires syndicales au Maroc ont indiqué que le discours du roi a consolidé les engagements du gouvernement qui se résument en la note explicative du projet de loi de finances de 2019 qui a mis en avant quatre priorités sociales qui sont ; la priorité aux politiques sociales, un programme de sécurité sociale, la réussite du Dialogue social, le soutien du pouvoir d’achat, soutenir le développement et poursuivre les grandes réformes et les stratégies sectorielles pour garantir les bonnes conditions pour la relance économique.

L’expert constitutionnel Rachid Lazrak a affirmé, dans une déclaration médiatique, que le gouvernement d’El Othmani est appelé, suite au discours du roi, à appliquer l’article 8 de la Constitution, qui définit les contenus des accords entre les syndicats et le gouvernement, pour placer le Dialogue social à son niveau législatif.

Rachid Lazrak a indiqué que le Dialogue social doit être mis à l’écart des anciennes politiques du gouvernement qui est entré en conflit avec les syndicats au lieu de favoriser le dialogue entre les partenaires sociaux alors que c’était le moyen le plus sûr pour garantir la paix sociale et pour trouver des consensus à travers les concertations.

Entêtement des autorités :

Malgré les consignes du roi du Maroc pour la réussite du Dialogue social et pour que la paix sociale soit instaurée, des sources proches du gouvernement continuent d’évoquer un entêtement de la part des autorités.

Ces sources ont en effet indiqué que le gouvernement d’El Othmani cherche encore à maintenir sa proposition portant sur l’augmentation des salaires des fonctionnaires avec une somme de 300 dirhams répartie sur trois ans pour ceux dont les revenus sont inférieurs à 5500 dirhams, 100 dirhams supplémentaires pour chaque enfant avec des compensations pour les travailleurs dans les régions isolées de 700 dirhams. Selon les mêmes sources, le gouvernement posera à nouveau sa proposition concernant les prochaines concertations pour les appliquer sans prendre en considération les autres avis et ce à partir du mois de janvier prochain alors que les syndicats ont déjà rejeté le dossier.

Dans ce cadre, le dirigeant de la Confédération démocratique du travail, Khaled Alami Haouair, a indiqué, dans une déclaration accordée au journal Hesperess, que le gouvernement est responsable de la continuité du conflit dans le sens où les responsables ne font preuve d’aucune réelle volonté pour réagir positivement à la situation sociale alarmante.

De son côté, Abdelhamid Fatihi, secrétaire-général de la Fédération démocratique du travail, a refusé de participer à un Dialogue social dont sont exclues les parties syndicales expliquant que le gouvernement a avorté ce qui restait des acquis syndicaux et a refusé de donner suite aux requêtes posées par les syndicats.

La responsabilité des syndicats :

Même si tous les syndicalistes évoquent continuellement l’entêtement du gouvernement face aux requêtes légitimes en ne prenant en considération que les consignes royales, les centrales syndicales marocaines sont en grande partie responsables de la réussite ou non du Dialogue social.

Le gouvernement d’El Othmani a déjà fait porter la responsabilité de l’arrêt du Dialogue social aux syndicats. Abdelhak Arabi, conseiller auprès du chef du gouvernement chargé du dossier social, avait d’ailleurs déclaré que la suspension du Dialogue n’a pas été causée par le gouvernement mais par les syndicats qui ont réclamé ladite suspension jusqu’au mois de septembre parallèlement avec la rentrée scolaire et la présentation du projet de loi de finance 2019.

Dans ce cadre, Khaled Alami Haouair a expliqué que les syndicats sont en effet responsables aussi de la réussite du Dialogue social et qu’ils doivent avoir plus de flexibilité pour pouvoir préserver les acquis de la ‘classe ouvrière’.

En revanche, Haouair a évoqué la politique gouvernementale concernant les syndicats qui défendent la classe ouvrière en expliquant que la Confédération a déjà proposé de former un seul comité composé par les trois formations et la répartition du dialogue sur trois commissions. Khaled Alami Haouair a indiqué que les syndicats ont appelé le gouvernement, à prendre ses responsabilités et à exécuter ses anciens engagements dont, entre autres, l’accord du 26 avril qui est bloqué depuis plus de sept années.

La Confédération démocratique du travail a envoyé, dans le cadre de ses tentatives de faire réussir le Dialogue social, une lettre au chef du gouvernement pour lui réclamer un dialogue qui corresponde aux attentes et aux requêtes légitimes de la classe ouvrière tout en refusant la proposition faite par le gouvernement il y a quelques mois de cela.

La Confédération a par ailleurs demandé une réunion de négociation tripartite (le gouvernement, les patrons et les syndicats) tout en expliquant que le blocage du Dialogue social explique la continuité des protestations dans les différentes régions du Maroc.

De son côté, l’Organisation démocratique du travail a affirmé que les syndicats assument leur rôle dans la réussite du Dialogue social expliquant que c’est le gouvernement qui a causé la détérioration sociale en poursuivant des politiques économiques ayant de grave conséquences sur les citoyens marocains. Et d’ajouter que les syndicats n’ont le droit qu’à des slogans stériles de la part du gouvernement qui annonce même des investissements imaginaires.

Face aux conflits continuels entre le gouvernement et les syndicats, des observateurs ont assuré que le Dialogue social doit absolument se poursuivre dans l’espoir d’une sortie de crise rapide qui mettrait fin aux protestations sociales.

Karim Ayesh, chercheur en sciences politiques, a insisté sur l’importance d’une charte qui organise et structure le Dialogue social dans le but de servir les intérêts du Maroc entre les consignes du roi et la pression des syndicats.