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Tunisie : Les travailleurs souffrent des prix élevés des moutons

2018-08-26

La classe ouvrière tunisienne souffre de la détérioration de son pouvoir d'achat causée par la crise économique que traverse le pays. Une crise ayant conduit à une inflation et à une hausse des prix de la majorité des produits. Avec l’approche d’Aïd al-Adha, plusieurs travailleurs et fonctionnaires tunisiens ont dénoncé la hausse des prix des moutons rappelant que l’Aïd coïncide cette année avec la rentrée scolaire, les vacances d’été et le mois de ramadan.

Malgré les prix élevés des moutons, la majorité des Tunisiens préfèrent célébrer l’Aïd en en achetant ; selon une étude réalisée par le centre de recherche macroéconomique, 88% des Tunisiens achètent des moutons alors que la moitié de ces 88% le fait en se basant uniquement sur leur salaire. Les moutons de l’Aïd coûtent, sur le plan national, environ 200 millions $ pour l’année courante.

Face à la hausse des prix des moutons, plusieurs travailleurs et fonctionnaires ont initié une campagne sur les réseaux sociaux avec des photos de moutons portant les logos des marques luxueuses à l’instar de Nike, Adidas ou encore Puma.

Des prix élevés :

Comparés aux autres pays, les prix des moutons en Tunisie sont élevés où un mouton peut coûter 240$ (environ 650 dinars) alors que le salaire minimum garanti tunisien ne dépasse pas les 200$.

Ainsi, le travailleur ou le fonctionnaire moyen ne peut pas acquérir le mouton de l’Aïd et, s’il en achète un, il devient incapable de faire face aux autres besoins du quotidien sans compter que la rentrée scolaire et universitaire est prévue pour quelques jours.

Pour les familles démunies qui n’ont pas de revenus fixes, le ministère des Affaires sociales a consacré la somme de 40 dinars (15$) pour les aides sociales ; une aide qui ne suffit même pas à l’achat de deux kilos de viande.

De son côté, le gouvernement a préféré opter pour le silence face à ces hausses de prix. En effet, le ministère de l’Agriculture n’a entrepris aucune mesure sérieuse pour contrôler et ajuster les prix des moutons et s’est juste contenté de publier un communiqué où il a été annoncé que le prix d’un kilo de viande a été fixé à 11 dinars (4$) dans les points-de-vente officiels. Le ministre de l’Agriculture, Samit Betaieb, a même déclaré que le prix du mouton ne dépasse pas les 250 dinars (90$) ce qui a été démenti par l'Organisation tunisienne de défense du consommateur.

Le président du Syndicat des agriculteurs de Tunisie, Karim Daoud, a expliqué que les prix élevés des moutons sont causés par la hausse des prix de la pâture provoquée, à son tour, par les changements climatiques que connait le pays. Face à ces difficultés, le gouvernement a désagréablement surpris les travailleurs et les fonctionnaires de plusieurs secteurs en annulant la prime de l’Aïd.

Un combat acharné pour la prime de l’Aïd :

La récente annulation de la prime de l’Aïd par le gouvernement tunisien, prétextée par la mauvaise situation économique, a empiré la situation des travailleurs à l’occasion de l’Aïd. Suite à cette annulation, plusieurs secteurs ont connu des grèves et des protestations pour réclamer le rétablissement de ladite prime.

Les protestataires ont expliqué qu’ils ne sont pas capables d’assurer les besoins du quotidien surtout avec la hausse des prix et l’effondrement du pouvoir d’achat affirmant que la prime de l’Aïd

devait les aider, même partiellement, pour les besoins de cette fête religieuse.

Parmi les secteurs qui ont connu des grèves figurent ceux du transport et de la navigation où les travailleurs ont réclamé une prime de 200 dinars (80$) menaçant d’entamer une grève de trois jours alors que les agents du métro ont entamé une grève pour les mêmes raisons. Le gouvernement et les ministères de tutelle ont répondu positivement à la requête des travailleurs en accordant une avance de 200d qui seront prélevés sur les primes de rendement en quatre fois.

En ce qui concerne le secteur privé, la situation y est bien plus compliquée où plusieurs entreprises ne reconnaissent même pas la prime de l’Aïd ce qui a amené plusieurs travailleurs et fonctionnaires à acheter les moutons en empruntant de l’argent à leurs proches ou auprès des banques ou se contenter d’acheter quelques kilos de viande.

Pour les retraités de la fonction publique, la crise est réelle puisque les autorités ont refusé de débloquer les augmentations des pensions avant que les retraités ne fassent de grandes pressions et n’obtiennent des promesses pour que cela se fasse avant l’arrivée de l’Aïd.

Le mouton de l’Aïd ou la rentrée scolaire :

Bien que plusieurs secteurs tunisiens bénéficient de la prime de la rentrée scolaire et universitaire, à l’instar de l’éducation ou encore de la santé, d’autres préfèrent ignorer ces besoins vitaux des Tunisiens en refusant de payer les primes en question. Aujourd’hui, le travailleur ou le fonctionnaire tunisien est obligé de choisir entre le mouton de l’Aïd ou les emplettes de la rentrée scolaire. Certains ont à leur charge quatre enfants qui étudient au primaire, au

secondaire et dans les universités privées ce qui ne leur donne pas la possibilité d’acquérir le mouton de l’Aïd pour pouvoir affronter les besoins de la rentrée.

Plusieurs fonctionnaires du secteur public ont d’ailleurs été obligés de travailler l’après-midi pour pouvoir gagner assez d’argent pour l’achat du mouton et faire face aux besoins de la rentrée alors que la situation économique du pays ne cesse de les affaiblir ; le fonctionnaire tunisien préfère dépenser son argent pour la rentrée scolaire.

Absence de culture du boycott :

Face à la hausse des prix des moutons de l’Aïd et à l’approche de la rentrée scolaire et universitaire, les réseaux sociaux ont initié des appels au boycott pour obliger les agriculteurs à baisser les prix des moutons. L’Organisation tunisienne de défense du consommateur a été parmi les premiers à appeler à ce boycott qui, malgré son franc succès dans plusieurs pays arabes dont le Maroc, n’a pas abouti en Tunisie à cause de l’absence de cette culture ou de la mauvaise communication. Les travailleurs continuent toujours d’espèrer un ajustement des prix des moutons au cours des derniers jours de l’Aïd.