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Liban : Une travailleuse kenyane violentée et expulsée avant sans que justice ne soit faite

2018-07-22

L’aide-ménagère kenyane, Shamila Nabuio, a été renvoyée vers son pays natal après que sa patronne ait refusé de renoncer à sa kefala pour répondre à la solution à l’aimable proposée par les avocats de la travailleuse. Shamila Nabuio a été expulsée du Liban avant la fin du procès de ses agresseurs.

Shamila Nabuio et son amie ont été victimes, le 17 juin dernier, d’agression physique par un nombre des habitants de la région de Bourj Hammoud, gouvernorat du Mont-Liban. Les habitants étaient ‘dirigés’ par un soldat de l’armée libanaise dans un incident filmé et diffusé largement sur les réseaux sociaux. La séquence a provoqué la révolte de plusieurs activistes et défenseurs des droits humains qui ont appelé à sanctionner les agresseurs.

Les premiers détails de l’affaire indiquent que les deux travailleuses victimes de violence sociale ont été agressées parce que l’une d’entre elles s’est dressée contre le soldat en question qui l’a heurtée avec sa voiture parce qu’elle se tenait sur la place où il garait le véhicule. Réagissant à cela, le soldat est descendu de la voiture et a agressé les deux femmes avant que deux passants ne le rejoignent.

Selon la déclaration de l’avocate des aide-ménagères, Nermine Sebï, les preuves indiquent qu’environ une vingtaine de personnes ont tabassé les deux femmes. Suite à cet incident, les agresseurs et les travailleuses ont été arrêtés pour qu’une enquête soit ouverte auprès du Tribunal Militaire libanais.

Après s’être rendu compte que le séjour des deux intéressées était illégal, le Tribunal a décidé l’arrestation de Shamila Nabuio pour

accorder une chance à son amie pour qu’elle régule sa situation dans la mesure où elle est mariée à un Libanais et qu’elle est mère d’un enfant.

Après l’incident, des activistes et des défenseurs des droits humains ont commencé à relayer l’information selon laquelle la sécurité générale libanaise aurait expulsé l’aide-ménagère et ont organisé des campagnes virtuelles de soutien initiées par des associations libanaises de défense des droits humains qui ont appelé la sécurité générale libanaise à ne pas expulser l’intéressée avant la fin de son procès auprès devant le Tribunal Militaire.

Dans ce cadre, le Mouvement Contre le Racisme a publié un communiqué dans lequel il a appelé les autorités et le ministère de la Justice à arrêter les procédures de l’expulsion et à protéger les intérêts des deux victimes alors qu’Amnesty International a considéré que la décision de la sécurité générale ne fait qu’empirer l’injustice subie par les aide-ménagères étrangères. Et d’ajouter qu’à chaque fois que ces travailleuses font appel à la Justice, elles sont rapidement réprimées par une procédure d’expulsion. Amnesty International a appelé le ministère de la Justice à respecter les lois du pays et les conventions internationales en laissant les victimes assister aux audiences.

Après ces pressions et ces campagnes, la sécurité générale libanaise est revenue sur sa décision et a décidé de laisser Shamila Nabuio assister aux audiences. Selon les avocats de Shamila, la patronne de cette dernière aurait demandé la somme de 3 mille dollars pour accepter de se défaire de son employée ce qui a été refusé par les avocats qui ont estimé que la requête en question représentait un chantage. Face à ce refus, la patronne a décidé de faire expulser la travailleuse comme lui donne le droit le système de kefala au Liban.

Ainsi, et comme des dizaines d’autres, Shamila Nabuio est rentrée dans son pays sans avoir obtenu justice. Une source de la sécurité générale a expliqué que la loi permet toutefois à l’intéressée de revenir au Liban pour assister aux audiences sauf que les avocats et les associations intéressées par l’affaire ne disposent pas d’assez d’argent pour réaliser cela et pour assurer les frais des audiences en question. Cela sans oublier le fait que les premiers intéressés sont persuadés que le Tribunal militaire ne donnera pas raison à l’aide-ménagère puisque ce même Tribunal a une sympathie pour les soldats et parce que le système de kefala ne prend pas en considération les droits des travailleurs d’une façon générale.

Dans ce cadre, les avocats des victimes ont déclaré que l’enquête initiée par le Tribunal militaire a pour principale objet ‘une simple dispute entre des individus’ et non pas un incident raciste ayant conduit à une violence sociale.

L’expulsion de Shamila Nabuio a provoqué de grandes critiques par plusieurs activistes dont ceux du Centre des Migrants qui ont estimé que cela n’a fait qu’empirer la justice subie par la concernée. Les activistes ont expliqué que la loi libanaise, à défaut de rendre justice à la victime, l’a doublement sanctionnée.

Plusieurs activistes se sont rendus à l’aéroport international de Beyrouth - Rafic Hariri pour soutenir l’aide-ménagère avant son expulsion. Shamila Nabuio a été conduite au même aéroport par un bus de la sécurité générale dans une absence des médias libanais accompagnée juste par d’autres travailleuses expulsées elles aussi le tout dans sous une surveillance policière importante