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Algérie : La société ‘Tosyali’ menace de licencier ses employés grévistes

2019-05-26

Said Boudour

 

Les employés du complexe de production de l'aciérie ‘Tosyali’, situé à l’Est d’Oran et inauguré par l’ancien premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal, et par le président turc Erdogan lors de sa visite en Algérie, ont défié les autorités régionales et l’administration turque en observant une grève ouverte et en organisant un sit-in de six jours. Après avoir levé le sit-in et suspendu la grève, les travailleurs ont été surpris par un licenciement de cinquante travailleurs sans indemnisation.

Une décision qui a provoqué une grande révolte et un désespoir dans les rangs des travailleurs qui ont été appelés à choisir entre démissionner et bénéficier d’une compensation ou être licenciés sans aucun dédommagement ; un chantage qui défie toutes les lois du travail algériennes et les conventions ratifiées par le pays.

L’un des représentants des travailleurs a expliqué avoir accepté de présenter sa démission au cours du mois de ramadan et de bénéficier de la compensation puisque son contrat est à durée déterminée et prend fin sous deux mois. Les autres représentants, qui ont préféré retirer leur confiance du bureau syndical complice de l’administration turque, ont choisi de ne pas démissionner et ont donc été licenciés. Les intéressés se sont rendus à l’inspection du travail pour initier les mesures légales contre le licenciement collectif décidé par la société.

Cela survient alors que la commission ministérielle conjointe entre le ministère de l’Industrie et celui du travail n’a pas réagi au

licenciement se contentant d’intervenir pour mettre fin à la grève et au sit-in.

Une grève et un sit-in soutenus par le mouvement populaire que connaît l’Algérie où plusieurs secteurs vivent au rythme des grèves et de la régression du pouvoir du syndicat pro-gouvernemental, l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), et son secrétaire-général Abdelmajid Sidi Saïd qui a décidé de ne plus se présenter au prochain congrès électif de la centrale syndicale auquel prendront part les travailleurs qui appellent à la dissolution du syndicat de l’usine.

La grève des travailleurs du complexe de production de l'aciérie ‘Tosyali’ a été suivi de l’organisation d’un grand sit-in par les intéressés après que l’administration a rejeté leurs requêtes professionnelles et sociales. Une usine qui emploie 4800 travailleurs qui appellent à l’annulation des contrats à durée déterminée pour ceux qui y travaillent depuis plus de deux années. De son côté, l’administration a préféré renouveler des contrats de trois à six mois ce qui s’oppose clairement à la loi algérienne du travail. L’administration refuse aussi de payer équitablement ses employés algériens et turcs (800 Turcs qui accomplissent les mêmes tâches que leurs collègues algériens) et de comptabiliser les indemnités de la permanence et des heures supplémentaires ce qui a amené les travailleurs à retirer leur confiance du bureau syndical qui n’a pas réagi aux plaintes de ses affiliés contre l’administration turque.

Face à cette situation grave et la nonchalance des autorités qui ne cherchent pas à faire appliquer les lois et à protéger les travailleurs, les intéressés ont organisé un rassemblement protestataire devant le siège du gouvernorat d’Oran et ont appelé le gouverneur à intervenir. Réagissant à cela, l’administration a porté plainte pour obtenir une décision qui confirme l’illégalité de la grève afin

d’empêcher le trafic des bus de transport des employés et fermer le restaurant sans présenter aucune explication et sans répondre aux appels.

Le communiqué de ‘Tosyali’ :

Après que la situation a empiré, l’administration de l’usine a expliqué, dans son premier communiqué adressé aux travailleurs après une semaine de protestations, que la société a été victime d’une grève illégitime initiée par un petit groupe de salariés qui n’ont pas averti la partie syndicale. Le communiqué a indiqué que le bureau syndical a présenté la liste des requêtes portant sur les salaires et les conditions de travail et que l’administration a commencé à les étudier dans le but de présenter des propositions dans les plus brefs délais aux représentants élus pour initier les négociations nécessaires. L’administration a en effet assuré avoir pris les mesures nécessaires pour renouveler les contrats pour une année et a insisté sur l’illégalité de la grève de ses employés. Et d’ajouter que si la grève se poursuivait, des mesures correctionnelles préventives seraient prises contre les initiateurs de la grève appelant tous les concernés à reprendre le travail dans les plus brefs délais.

Les travailleurs grévistes ont estimé que ce communiqué ne cherche qu’à gagner du temps en attendant que le gouverneur d’Oran émette sa décision pour une intervention des forces publiques pour ouvrir l’usine et relancer ses activités en suspendant la grève et le sit-in dans une violation claire de la loi. Cela a amené les travailleurs à porter plainte auprès du département des Affaires sociales et des inspections régionales du travail pour faire face à l’administration et aux autorités publiques du gouvernorat qui cherchent à se mêler des affaires de l’usine malgré les licenciements collectifs.

Rassemblés devant le siège de la société dans la zone industrielle de Bethioua, les travailleurs ont dénoncé les pratiques de

l’administration turque qui leur impose une situation professionnelle fragile. Dans ce cadre, le syndicaliste et parlementaire (du Parti des travailleurs), Ismail Kaouadriya, a indiqué que l’usine emploie 4350 travailleurs dont 350 bénéficiant de contrats à durée indéterminée.

Ismail Kaouadriya a salué, dans un communiqué, la grève des travailleurs qui s’opposent à la politique de leurs employeurs turcs expliquant que des milliers d’entre eux sont sortis manifester malgré les menaces de l’administration. Une source syndicale a, quant à elle, affirmé que l’usine souffrait d’une crise financière qui a pris fin suite à la visite d’Erdogan à Oran grâce à des avantages financiers et grâce à l’exploitation de nouvelles mines d’acier au Sénégal. L’usine acheminera ainsi les matières premières par bateau vers Oran tout en continuant d’ignorer les intérêts de ses employés.