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Les travailleuses marocaines dans l'enfer des champs de fraises espagnols : harcèlement sexuel et expulsion forcée

2018-06-24

La société marocaine a découvert, au cours des derniers mois, le scandale du harcèlement sexuel subi par les travailleuses marocaines dans les champs de fraises espagnoles dans la province de Huelva à la communauté autonome d'Andalousie dans le Sud-ouest de l'Espagne où certaines d’entre elles ont même été violées dans un silence assourdissant et une remise en question des faits du côté du ministère du Travail marocain.

Les organisations de défense des droits humains espagnoles et des médias locaux ont dévoilé que des travailleuses marocaines ont bel et bien été victimes d’agression sexuelle de la part de leurs employeurs dont certains ont été arrêtés. De son côté, le gouvernement espagnol a émis des autorisations de travail pour environ 15 mille et 134 travailleuses en 2018 dans le cadre d’une convention signée avec le ministère du Travail marocain, un accord entré en vigueur en 2001. Les Espagnols ont exigé, dans le même accord, que les travailleuses soient mariées et qu’elles aient au mois deux enfants, sans donner de précision sur si elles sont acceptées en étant enceintes ou non, et ce dans le but de garantir leur retour au Maroc.

Un enfer dans les champs de fraises :

Les organisations espagnoles féministes, à l’instar de Mujeres active dans la province de Huelva, ont dévoilé des violations qui ont été expliquées par le fait que les victimes n’ont pas porté plainte contre leurs agresseurs ; des victimes originaires, pour leur majorité, de zones rurales incapables de lire ou d’écrire en espagnol ce qui ne

leur permet pas de communiquer correctement et de défendre leurs droits.

Toutefois, quelques Marocaines ont brisé cette règle et se sont confiées au journal ‘El Pais’ en dénonçant les agressions en question après des mois de silence ; un silence de peur d’être expulsées de force ou de peur d’une quelconque vengeance de la part des familles des agresseurs. Les travailleuses ont détaillé les agressions qu’elles ont subies dans une vidéo publiée par le journal en question. L’une d’entre elles a raconté comment un homme d’affaires espagnol a fait irruption dans la chambre et a tenté de violer un groupe de travailleuses.

Fatma, une travailleuse enceinte de sept mois, a raconté l’agression sexuelle qu’elle a subie de la part de son employeur espagnol expliquant avoir peur d’être expulsée de force à son pays. En larmes, Fatma a expliqué qu’elle a peur d’être tuée par les siens au Maroc affirmant vouloir y rentrer la tête haute.

D’autres travailleuses ont expliqué que des dizaines de leurs collègues ont accouché dans les fermes de fraises après avoir fait le voyage au début de la saison alors qu’elles étaient enceintes de neuf mois ce qui pose le problème du travail des femmes enceintes dans de mauvaises conditions.

Bien que plusieurs travailleuses aient décidé de porter plainte, d’autres ont refusé d’apporter leur témoignage à la police espagnole de peur d’être renvoyées chez elle ; un fait confirmé par des parlementaires espagnols au cours d’un débat au Parlement sur la question des travailleuses saisonnières marocaines.

Sanction des victimes :

Les inquiétudes des travailleuses marocaines sont apparemment fondées puisque l’une des fermes de la province de Huelva a

renvoyé 400 travailleuses après qu’elles aient déposé une plainte collective auprès de la Garde civile où elles ont accusé les employeurs de violations des points du contrat et d’exploitation sexuelle.

Le Syndicat Andalou du Travail (SAT) a indiqué que la société Donana 1998 a renvoyé des travailleuses marocaines de ses champs sans préavis et avant la fin de leur contrat en les transportant par des bus dans la ville d'Algésiras pour Tanger.

Face à ces évolutions, des travailleuses marocaines ont organisé un rassemblement protestataire contre les violations dont elles sont victimes. Rassemblées devant le siège de la Garde civile espagnole, les Marocains ont réclamé la sanction des agresseurs au lieu de leur expulsion.

De leur côté, les syndicats ont appelé le gouvernement espagnol à retirer ses subventions des sociétés agricoles qui violent les conditions légales des travailleuses saisonnières dont la société Donana 1998. Pour les organisations féministes, le gouvernement espagnol se doit d’aider les Marocaines et d’interdire leur exploitation sexuelle ou matérielle en appliquant les lois locales et en sanctionnant sévèrement les employeurs impliqués dans des affaires d’agressions sexuelles. Les organisations et les syndicats espagnols ont appelé à l’arrêt des campagnes d’expulsion qui violent les conventions internationales et les lois de travail du pays.

Des défenseurs des droits humains dénoncent et un ministre dément :

Alors que des médias, des syndicats et des organisations féministes espagnols ont dénoncé les agressions, la réaction du ministre marocain du Travail a été choquante ; le ministre, Mohamed Litim, a nié, au début de l’affaire, les faits expliquant que son ministère a

émis un démenti officiel après qu’une délégation ministérielle ait été envoyée en Espagne où elle a écouté les témoignages des travailleurs.

Le ministre marocain a considéré que son pays a réussi à obtenir 17 milles postes dans le cadre de l’accord avec l’Espagne et qu’il ne faut pas que cet important projet connaisse des perturbations sans fondement. Et d’ajouter qu’il compte réclamer à la commission parlementaire chargée d’enquêter sur les ‘allégations’ relayées par les journaux espagnols de confirmer le non fondement de cette affaire tout en assurant que les services du consulat et ceux du ministère n’ont reçu aucune plainte à ce sujet.

Toutefois, et après la plainte des travailleuses marocaines auprès des tribunaux espagnols, le discours du ministre a complètement changé. Au cours d’une séance parlementaire dédiée à cette affaire, le ministre a exprimé sa désolation de voir certains propager des données fausses expliquant qu’il n’a jamais nié l’affaire puisque ce qu’il disait concernait un seul cas qui a été traité par les médias allemands et qui s’est avéré être faux.

Cependant, le ministre a innocenté les agresseurs et a accusé les victimes pour essayer de minimiser la catastrophe en déclarant : « Le travail des Marocaines dans les champs de fraises en Espagne n’est pas nouveau et il ne s’est rien passé de tel au cours des dernières années. Je ne nie pas la possibilité qu’il y ait eu des agressions sexuelles puisque 15 milles travailleuses sont en Espagne actuellement donc il peut y avoir eu deux cas ou plus. »

Dans une autre tentative de se défaire de toute responsabilité, le ministère du Travail a appelé les travailleuses à porter plainte contre toute agression du genre sans expliquer pour autant les procédures qu’il faut suivre pour que les droits des Marocaines soient préservés.

Face à ce silence gouvernemental assourdissant, le Comité de Défense des Droits Humains marocain a décidé de mener une enquête parallèlement aux enquêtes juridiques lancées par les autorités espagnoles pour s’arrêter sur les vraies conditions dans lesquelles travailleurs les femmes marocaines et pour déterminer les insuffisances gouvernementales marocaines dans la protection des ces travailleuses surtout avec la contradiction des déclarations des responsables marocaines et espagnols.