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Dans le cadre des réformes économiques imposées, la Tuni-sie hausse les prix du pétrole sans prendre en compte les classes défavorisées

2018-07-01

Les autorités tunisiennes ont décidé, le soir du vendredi dernier, d’augmenter les prix du carburant de 4%. Cette augmentation est la troisième de l’année courante après une hausse survenue en mars dernier et une autre en janvier.

Le ministère de l’Energie a expliqué, dans un communiqué, qu’il a été décidé d’apporter un ajustement partiel au niveau des prix de vente publics pour quelques matières pétrolières pour que le sans plomb atteigne les 1925 millimes pour la litre soit une aug-mentation de 75 millimes.

La décision du gouvernement de Youssef Chahed s’inscrit dans le cadre d’une série de réformes imposées par le Fonds Moné-taire International (FMI) pour faire face au déficit du budget de l’Etat tunisien. Le gouvernement espère en effet réduire ledit déficit de 4.9% du PIB de l’année courante alors qu’il était de 6% l’année dernière.

Carburant et batterie de réformes :

Les prix du carburant en Tunisie ont connu une hausse d’envi-ron 15.2% depuis l’accord signé entre le gouvernement et le FMI en 2016 pour appliquer un programme économique com-prenant la réduction des subventions et la rationalisation des dépenses en contrepartie d’un financement de 2.98 milliard dé-boursé sur quatre années.

Dans son rapport intitulé ‘Les horizons économiques 2018’, le FMI a indiqué que, parmi les priorités de l’année 2018 pour la Tunisie, figurent celles de l’augmentation des recettes fiscales, la hausse du taux du marché monétaire, l’absence de toute aug-mentation salariale si le taux de développement ne connait pas d’importante croissance et l’augmentation des prix du carburant tous les trois mois pour qu’ils correspondent aux prix du mar-ché international.

Le conseil d’administration du FMI a exigé au gouvernement de Youssef Chahed d’appliquer la batterie des réformes écono-miques et sociales pour débloquer la troisième tranche du prêt accordé à la Tunisie pour qu’elle puisse faire face à sa crise fi-nancière. Conformément à cette condition, le gouvernement a émis, dans le document intitulé ‘Le programme économique et social de 2020 ; la feuille de route’, des décisions arbitraires pour appliquer les réformes imposées par le FMI et les pays do-nateurs.

L’article portant sur ‘l'application du mécanisme d'ajustement automatique des prix du carburant’, du document suscité, sti-pule que l’ajustement sera relatif au marché international et ‘saisonnier’ c’est-à-dire tous les trois mois ce qui veut dire qu’il y aura une autre augmentation en septembre prochain.

L’ancien ministre des Finances et expert économique a indiqué que le gouvernement se soumettra aux pressions du FMI alors que la grave crise économique continue de sévir où la dévalua-tion du dinar a atteint des records à cause de la hausse du taux de l’inflation qui a dépassé les 7%.

L’ancien ministre a indiqué que la troisième tranche du prêt du FMI est vitale pour garantir l’équilibre du budget de l’Etat de

2018 ; un budget basé sur un déficit d’environ 10 milliards de dinars tout en alertant sur les graves conséquences de la non obtention de ladite tranche sur l’économie et les finances pu-bliques.

L’usure du mécanisme de subvention :

Des experts ont mis en garde contre le nouveau mécanisme em-ployé par le gouvernement consistant en des augmentations ‘saisonnières’ des prix du carburant vu son impact direct sur le système de subvention du carburant et l’intention du gouverne-ment d’y renoncer définitivement d’ici les quelques années à ve-nir.

Des Tunisiens estiment que le système de subvention est une ligne rouge et que les caisses des subventions représentent l’un des plus importants acquis du pays qui existe depuis la fin des années 40 ; une réelle valeur sociale qui ne peut être touchée au risque de provoquer la révolte de l’opinion publique.

Bien que le ministre chargé des réformes ait affirmé au début du mois courant que la valeur des subventions du carburant par l’Etat connaitra une augmentation en 2018 pour atteindre envi-ron 4 mille milliards de 1.5 mille milliards prévues à cause de la hausse des prix du pétrole dans les marchés internationaux, les récentes augmentations auront de mauvais impacts sur les ci-toyens.

Le volume des subventions du carburant a atteint, dans la loi de finances de l’année 2018, les 1500 millions de dinars sur la base du prix du baril de pétrole estimé, dans la même loi, à 54$. Des estimations inexactes puisque le prix du baril a atteint, au cours des premiers mois de l’année courante, les 70$.

Les dernières augmentations des prix du carburant affecteront les classes défavorisées en Tunisie puisque les prix des services et des matières de base, à l’instar de ceux de l’électricité et du transport public, augmenteront nécessairement.

Dans le même cadre, un expert économique a indiqué que ces augmentations auront un impact sur les prix de tous les pro-duits de consommations et des services. L’intéressé a prévu une augmentation de tous les moyens de transport, terrestres, mari-times et aériens, et de tous les produits alimentaires; le lait a ainsi déjà connu une augmentation ce qui laisse envisager d’autres hausses y compris pour les produits subventionnés.

Le peuple en colère et l’UGTT alerte :

Les récentes augmentations des prix du carburant ont provoqué une vaste colère populaire d’autant plus qu’elles surviennent parallèlement avec les déclarations gouvernementales concer-nant le report des augmentations salariales pour les fonction-naires du secteur public pour l’année prochaine.

Des experts ont mis en garde contre une explosion sociale en Tunisie à cause de la détérioration du pouvoir d’achat des classes défavorisées qui ont été le moteur principal des protes-tations qu’a connues le pays.

De son côté, l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) a rejeté la majorité des conditions du FMI expliquant qu’elles por-teront atteinte aux classes démunies et aux classes moyennes. Des conditions portant, essentiellement, sur le blocage des aug-mentations salariales et la hausse des prix du carburant.

Le secrétaire-général de l’UGTT a déclaré que les augmentations des prix du carburant et la hausse du prix du lait porteront at-teinte aux intérêts du peuple tout en affirmant que la centrale syndicale est prête pour mener la bataille. L’intéressé a affirmé que les augmentations ont été décidées sans aucune consulta-tion avec les parties sociales. Et d’ajouter que cela aura des ré-percutions immédiates sur le coût de la vie qui ne cesse d’aug-menter d’une manière dangereuse.

Le secrétaire-général de l’UGTT a assuré que l’organisation compte organiser une réunion pour décider d’une série de me-sures pour faire face à la politique sociale du gouvernement tout en accusant le gouvernement d’une politique soumise au FMI sans aucune prise en considération des spécificités de l’écono-mie locale.

De son côté, un expert économique a fait porter la responsabi-lité de la crise actuelle au gouvernement et à la majorité parle-mentaire expliquant que le budget, approuvé par le Parlement, comprend des hypothèses illogiques ce qui veut dire que le pays ira assurément vers un budget complémentaire.

Pour l’opposition, le gouvernement de Youssef Chahed est le principal responsable de la détérioration économique et de la hausse des prix. Une députée du Courant Démocratique, un parti centriste social, a appelé à la nécessité de faire face à la corruption et aux corrompus pour financier le budget de l’Etat et faire face au déficit au lieu de chercher à le faire à travers les prêts des Etats donateurs et du FMI.