Infos

Comment Sidi Saïd a avoué avoir déposé l’argent des employés de la Sécurité sociale à El Khalifa Bank

2018-09-30

Saïd Boudour

 

La plus grande affaire de corruption en Algérie pourrait refaire surface :

 

Alors que la Caisse de la retraite et celle de la Sécurité sociale connaissent une grande crise financière confirmée par les déclarations du ministre du Travail, Mourad Zamali, l’affaire de corruption d’El Khalifa Bank a refait surface en Algérie après le recours déposé auprès de la Haute Cour ; un recours qui a fait couler beaucoup d’encre puisque les principaux acteurs de l’affaire, qu’ils soient accusés ou témoins, ont disparu de la scène politique algérienne durant les mandats du président Bouteflika.

Les déclarations du secrétaire-général du Front de libération nationale, le parti au pouvoir, portant sur le soutien au secrétaire-général de l'Union générale des travailleurs algériens, Abdelmadjid Sidi Saïd, après que ce dernier ait annoncé son départ du poste à cause de son état de santé, ont accentué les questions sur le mystérieux soutien du pouvoir Bouteflika au profit de Sidi Saïd.

Le bureau national de la centrale syndicale vit de grandes tensions causées par le dossier de l’argent des employés qui a été dérobé dans le cadre de l’affaire de corruption impliquant le propriétaire d’El Khalifa Bank, Abdelmoumen Khalifa, et Abdelmadjid Khalifa qui a déposé l’argent auprès de la banque en question avant d’annoncer la disparition de milliards de dollars.

Des confessions dangereuses données lors du témoignage :

La juge chargée de l’affaire a soumis l’actuel secrétaire-général de la centrale syndicale se pose des questions qui n’ont, jusqu’à présent, trouvé aucune réponse. De son côté, le journal algérien Al Hiwar a rapporté une conversation entre la juge et Sidi Saïd qui s’est déroulée lors d’une audience à Blida en 2007 où l’ancien ministre des Finances et actuel président du Conseil constitutionnel, Mourad Mdlassi, était présent avec Sidi Saïd. Voici quelques extraits de l’interrogatoire controversé :

-La juge : « Le secrétaire-général de la centrale syndicale, Sidi Saïd, j’avais des informations manquantes avant de prendre la décision de dépôt. Présentez-vous.

-Sidi Saïd : Ancien président du Conseil de l’administration de la Sécurité sociale.

-Expliquez-nous la composition de ce Conseil et ses missions.

-Le Conseil est formé par des représentants des employés et des employeurs et par 29 représentants de l’administration.

-Qui est chargé de diriger ce Conseil ?

-L’administration générale de la Caisse, la relation entre le Conseil et l’administration générale est une relation temporaire.

-Non monsieur Sidi Saïd, nous travaillons conformément à la loi qui est claire ; l’administration générale est chargée d’informer le ministère des décisions et c’est le Conseil d’administration qui prend ces mêmes décisions avec une majorité de ses deux tiers ?

-Oui cela se fait par le vote ensuite, les décisions sont envoyées au ministère du Travail qui doit faire la validation.

-Donc, le dispositif qui a le droit de prendre les décisions est le Conseil et l’administration générale informe le ministère des décisions du Conseil en 15 jours. Avez-vous une réponse claire et directe sur qui a les prérogatives de prendre des décisions ?

-Le conseil d’administration.

-Existe-t-il une exception ?

-Non mais l’administration générale de la Caisse peut prendre quelques décisions exceptionnelles sans passer par le Conseil.

-Non monsieur le secrétaire-général, la loi indique qu’il existe un Conseil qui a un programme qu’il étudie en prenant des décisions en passant par le vote. Je veux une réponse directe : le 12 février 2002 Le Conseil s’est-il réuni ?

-Non pas à cette date.

-Que s’est-il passé ?

-Madame la juge, le 21 avril 2004, nous avons étudié deux sujets dont celui des instances qui ont déposé leurs argents dans les banques et qui donnent le plus d’intérêt et nous avons envoyé le débat au ministère.

-La décision de dépôt a été émise à quelle date ?

-Le document du 12 février de la réunion n’est pas falsifié contrairement à ce que vous déclaré madame la juge.

-Je n’ai pas dit cela.

-J’ai lu cela dans la presse.

-Sidi Saïd, nous sommes la Cour, et vous, vous dites que la réunion a été tenue et qu’un procès-verbal des discussions a été publié.

-Le renouvellement du mandat a été fait le 7 février 2007 en attendant l’investiture pour le 31 mars.

-Donc, le Conseil ne s’est pas réuni sauf que, dans le document que vous avez envoyé au ministère, vous déclaré avoir l’honneur d’adresser le PV des discussions du Conseil réuni le 12 février 2002.

-Madame la juge j’assume la responsabilité de ces décisions si la décision n’est pas légale. Le dépôt a été fait en septembre 2002.

-Donc, c’est vous qui êtes le Conseil d’administration ayant pris la décision ?

-Le dépôt et les discussions ont eu lieu le 28 janvier.

-Pourquoi avez-vous publié le PV alors que le Conseil ne s’est pas réuni ?

-Je ne disposais pas des informations nécessaires au 28 janvier 2002.

-Donc, vous avez permis le dépôt de l’argent à El Khalifa Bank sans qu’il n’y ait aucun document qui le prouve ?

-J’ai moi-même validé la délibération et je l’ai adressée au ministère.

-Vous êtes ici en tant que témoin et vous le resterez, vous êtes entré en tant que témoin et vous sortirez en tant que tel. Avez-vous un registre au Conseil d’administration ? Comment expliquez-vous que ce registre contient la réunion du Conseil à une date et le PV à une autre date ?

-Je n’ai pas de commentaires à ce sujet, je me rappelle avoir tenu les Conseils, il existe une falsification administrative.

-Les membres du Conseil ont assuré aujourd’hui que le Conseil ne s’est pas réuni et qu’ils n’ont assisté à aucune réunion. Comment expliquez-vous cela ?

-J’avais des informations manquantes avant de prendre la décision de dépôt.

-Qui a fait la délibération et qui a pris ses décisions ?

-C’est moi. Le directeur de l’administration l’a transférée au ministère.

-Qui a signé ?

-Moi.

-Combien de décisions de dépôts ont été prises lors de votre mandat ?

-Cinq conventions.

-La dernière a été signée à quelle date ?

-Le 12 septembre 2002.

-C’est-à-dire avant votre départ ?

-Oui. »

Ainsi, le secrétaire-général de la centrale syndicale a avoué, devant la Justice, qu’il a dirigé et signé la délibération du dépôt de l’argent des employés de la Caisse nationale de la sécurité sociale. Toutefois, la Justice a choisi de le faire comparaître en tant que témoin avant de clôturer, momentanément, le dossier.

Le quotidien Achourouk dénonce ‘le grand syndicaliste investisseur’ :

Le quotidien Achourouk a fortement critiqué, en 2013, l’actuel secrétaire-général de la centrale syndicale après qu’il ait été accusé dans une grande affaire de corruption où il a participé à la fondation de la coordination patronale algérienne et en signant le procès-verbal daté du 30 septembre dernier.

Le journaliste Abdelwahab Boukrouh a exliqué qu’il s’agit d’une première dans l’histoire du travail syndicaliste du pays, depuis la fondation de l’Union générale des travailleurs algériens en 1956, où le secrétaire-général dévoile sa vraie identité en tant qu’homme d’affaires et non pas un représentant de la classe ouvrière comme le stipule la loi et les motions internes de l’Union.

L’affaire d’El Khalifa Bank représente l’affaire de corruption la plus controversée en Algérie qui a causé des milliers de victimes entre employés, investisseurs, instances gouvernementales et sociétés qui ont déposé leur argent auprès de cette banque privée qui offrait des taux d’intérêt très intéressant à pas moins, à l’époque, des 7% alors que les banques publiques en offrait 3%. Abdelmoumen Khalifa avait réussi à dérober ces grandes sommes d’argent en les faisant fuir à l’étranger via sa compagnie aérienne. L’intéressé a exploité l’argent dans un grand réseau entre l’Algérie, la France, l’Angleterre d’autres régions pour se créer une grande réputation grâce au financement de clubs sportifs algériens et français et en s’affichant avec de grandes stars à l’instar de l’acteur français Gérard Depardieu.

La Cour pénale de Blida a condamné l’homme d’affaires, El Khalifa, à 18 ans de prison pour avoir formé un groupe de malfaiteurs et pour avoir volé et falsifié une banque. Le parquet a, de son côté, requis la perpétuité pour l’intéressé.