Infos

Egypte : L’histoire de la jeune Nour, l’enfant sauvagement torturée

2019-09-17

Adel Zakaria – Membre du Réseau des journalistes syndicalistes arabes

 

 

Les traces de coups et de torture infligés au minuscule corps de la jeune Nour, âgée de 9 ans, retrace le drame de l’enfant qui a pour seul crime d’être née dans une famille pauvre pour que son père, encerclé par la nécessité, la vende pour qu’elle travaille chez une famille riche pour seulement 5000 livres. Pour ces 5000 livres, Nour a dû supporter une année d’esclavage et de torture par des individus qui croyaient posséder le monde par leur richesse. L’histoire de Nour a suscité la sympathie de milliers d’internautes en Egypte au cours des derniers jours.

Tout a commencé d’un chalet situé à la Côte nord de l’Egypte, là où les riches passent leur été. Nour a réussi à s’échapper du chalet et, grâce à l’aide d’un agent de sécurité du village touristique, elle a réussi à s’enfuir. L’agent a conduit l’enfant au poste de police après avoir pris des photos de la petite pour les diffuser sur une page spécialisée dans l’annonce de disparition des enfants.

Au poste de police de la ville d’El-Hamam, les choquantes vérités ont été dévoilées. La jeune fille, de son vrai nom Chaima Ahmed Saad Abdelhamid connue sous le nom Nour, âgée de moins de dix ans et dont le père, séparé de sa mère, habite dans la région pauvre d’Izbat Assafih dans la capitale. Nour a trois frères, Seif, Mohamed et Saad, et son père l’a vendue depuis à peu près un an à une famille d’un colonel médecin retraité nommé Abdelhamid, son épouse Hiba et leur fils Walid étudiant à la faculté juridique. La famille habite dans une villa située dans un quartier chic de la capitale.

Nour, ou Chaima, a raconté comment elle a été torturée par cette famille à quotidien pour des raisons infondées. L’épouse prenait en effet du plaisir à la lier à une chaise pour la battre avec des câbles d’électricité sur tout son corps. Dans son procès-verbal, numéro 491 de l’année 2018 rédigé au poste Marina el-

Alamein, l’enfant a raconté comment elle a été punie au cours des vacances d’été ; la jeune fille a été rasée pour être battue violemment juste pour avoir mangé un petit gâteau dont le prix ne dépasse pas les quelques livres.

Informé de la présence de l’enfant au poste de la police, le colonel retraité a déposé, à son tour, une plainte où il a accusé Nour d’avoir tenté de voler sa famille expliquant les traces de coups sur son corps par le fait que la jeune fille avait chuté alors qu’elle tentait de s’échapper par la fenêtre. Dans un défi surréaliste et se désavouant lui-même, le père de famille a exigé de récupérer son argent de l’enfant affirmant ainsi l’avoir achetée de son père. L’intéressé est même allé jusqu’à dire qu’il ne regrette pas d’avoir fait ce qu’il fait affirmant qu’il serait capable de battre Nour au poste de police devant tout le monde.

Suite à cela, le procès-verbal a été déposé auprès du parquet qui a entendu l’enfant, un gardien de la région où habitent les accusés et un membre du village touristique où se trouve le chalet de la famille. Au cours de cette audition, le gardien a affirmé avoir entendu, à plusieurs reprises, les hurlements de l’enfant et a expliqué que les séances de tortures étaient devenues presque habituelles.

De son côté, le délégué du ministère de la Solidarité sociale en Alexandrie a déclaré qu’une équipe d’intervention et le délégué de la Fondation de la solidarité sociale en Alexandrie ont été envoyés au poste de police pour récupérer l’enfant suite à une demande formulée par le parquet. Nour a été transférée à un centre de refuge pour y recevoir les soins nécessaires.

Le parquet a aussi ordonné l’arrestation de l’accusé et le transfert de l’enfant à un médecin légiste afin d’attester les coups et blessures avant de commencer les procédures pour que justice soit faite.